La peinture pense en moi, a sa propre vie, sa propre respiration. En tant que peintre mon désir est de l'écouter, entendre ce qu'elle a à me dire, la laisser vivre .

La peinture a son propre développement et pour lui laisser sa place et ce qu'elle a à vivre une disponibilité intérieure de ma part s'impose. Il s'agit d'une sensation qui nécessite à la fois un effacement intérieur et une grande présence en conscience de chaque instant du geste habité, incarné. Cet état de disponibilité intérieure est majeure pour moi, il est aussi de grande fragilité. Il s'agit parfois d'instants de grâce, cependant le plus souvent je tâtonne, je cherche.

Je m'attache beaucoup dans mon travail au hasard (dans le sens heureuse trouvaille), quelque chose qui échappe à ma compréhension, quelque chose que je ne contrôle pas. C'est comme si une brèche s'ouvrait et à travers elle l'univers commençait à œuvrer à son gré. Alors ça peint en moi. Ce sont des moments où je goûte à mon impuissance et paradoxalement une confiance absolue m'habite. Et ce hasard justement se charge de donner vie au tableau. Dans ce geste, habité en conscience, le tableau commence à vivre sa propre vie. Il me regarde parfois avec nonchalance, me défie, me provoque. Il a ses sautes d'humeur, des hauts et des bas. Un rapport amoureux s'installe entre nous, presque charnel, avec tout un jeu composé de désir, intrigue, prise de pouvoir, de lutte. Je me sens parfois utilisé par mon tableau comme un outil, parfois c'est moi qui l'utilise pour assouvir ma soif. Je suis tantôt actrice, tantôt spectatrice. Le tableau existe, m'échappe, me dépasse car respire déjà l'immensité de l 'univers. 

J'ai gagné et perdu à la fois. Car comme a dit Balzac " la cause finale et le devenir de la peinture est au-delà de la pratique de la peinture ".